1 TOM - HISTOIRE ILLUSTREE DE L'EMIGRATION RUSSE - PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Alex   
Jeudi, 31 Janvier 2008 13:05
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Le premier album "HISTOIRE ILLUSTREE DE L'EMIGRATION RUSSE, 1917-1947" (1991) à couverture rigide contentant 240 photographies qui reflètent tous les aspects de la vie de l'émigration russe entre les deux guerres déjà épuisé mais va être réédité en version bilingue.

IMAGES VIVANTES DE L’HISTOIRE RUSSE :

De nombreux livres ont paru ces dernières années sur l’histoire de l’émigration russe, pourvus le plus souvent d’une riche iconographie : « Le Chemin de croix du général Wrangel » (Rybinsk, 1996 – 200 photos) ; « Les Aiglons de Russie : Histoire des Écoles de Cadets » (Moscou, 1998 – plusieurs dizaines de photos se rapportent aux années d’exil) ; l’encyclopédie « Le Livre d’or de l’émigration russe » (Moscou, 1997 – 230 portraits des personnalités les plus marquantes de l’émigration) ; ou encore « Les Ecrivains russes de l’émigration » (Moscou, 1997 – 120 photos) ; les albums de Jacques Ferrand sur les grandes familles de la noblesse russe ; enfin, le superbe ouvrage d’Alexandre Vassiliev « La Beauté en exil », qui ne compte pas moins de 800 photos, documents rarissimes pour la plupart, illustrant les milieux de l’art et de la mode de la « Première émigration »…

Mais toutes ces publications ne présentent chaque fois qu’un ou deux aspects de la vie ou de la créativité de l’émigration russe. L’album d’Andrei Korliakov « L’Émigration russe en photos : France 1917-1947 », paru récemment aux éditions « YMCA-PRESS » est, pour sa part, exceptionnel. Cette première tentative de présenter une « chronique photographique » de toute l’émigration nous semble des plus réussies. En 240 photos, l’auteur nous offrent un magnifique panorama de la vie des Russes en France entre les deux guerres, couvrant tous les domaines de la vie culturelle et associative : l’Armée blanche en exil, les écoles et les organisations de jeunesse, les œuvres de bienfaisance, l’Église et l’Action Chrétienne des Étudiants Russes, les écrivains, les grands peintres, le cinéma, le théâtre, la danse, etc.

Il n’est pas possible de présenter en détail toute cette richesse, pas plus que de se limiter à quelques photos « intéressantes ». On hésite à paraphraser tous ces visages qui, par-delà l’amertume et les difficultés de l’exil, portent le sceau de destinées exemplaires, d’événements historiques tragiques, d’une intense vie intérieure. Il nous faut contempler longuement ces images, avec toute notre attention. Les brèves citations d’époque qui les accompagnent font revivre les personnages et communiquent au lecteur encore plus d’émotion.

En voici quelques moments forts, au fil des pages.

Au début, deux photos rendent hommage au photographe russe Pierre Choumoff qui, en 40 années d’activité a fait les portraits des personnalités les plus marquantes de l’émigration : Anna Pavlova, Karsavina, Chaliapine, Stravinsky, Rachmaninov, Serge Volkonski, Alexandre Benois, Bounine, Tsvétaéva, Kouprine, Rémizov, Balmont et bien d’autres…

Le général Wrangel. Le 6 mai 1928, eut lieu, salle Gaveau, une soirée à la mémoire du Général P.N. Wrangel qui rassembla presque toutes les organisations civiles et militaires russes de Paris.

Le général-comte M. Grabbe. En été 1935, à la mort de A.P. Bogaevski, à l’issue d’une rude campagne électorale qui opposa la direction centrale cosaque de Paris aux cosaques du Midi, le général Grabbe a été élu « Ataman des Cosaques du Don en exil ».

Les généraux A. Koutepoff et E. Miller. Tous deux présidèrent l’ « Union des Armées Russes en exil ». Tous deux furent enlevés par les organes du NKVD et assassinés…

L’Union des combattants de Gallipoli. Cette Union compta jusqu’à 17 sections en France. Celle de Paris était la plus importante et avait plusieurs milliers d’adhérents. Les « Anciens de Gallipoli » louaient un petit hôtel particulier, au 81 rue de la Faisanderie, où se réunissaient la plupart des groupements militaires russes de la région parisienne. C’était aussi le siège de la rédaction de la revue « Tchassovoï – La Sentinelle ». Une des photos nous montre une fête de l’Armée blanche. Dans le garage, qu’elle avait recouvert d’une verrière, l’association avait aménagé une chapelle. L’iconostase, peint par S. Solomko, avait accompagné dans les tranchées de la Première Guerre un des régiments du corps expéditionnaire.

L’Église de Meudon. En 1928, pendant le Grand Carême, fut posée la première pierre d’une nouvelle église orthodoxe, en banlieue parisienne. L’office était célébré par le P. Boris Moltchanoff et le diacre Joachim Vinogradskij. A la Pentecôte, l’église était déjà prête ; elle fut dédiée à la Résurrection du Christ.

 

Le clergé de l’Église russe de Paris devant la cathédrale Saint-Alexandre-Nevski. Au dernier rang, une silhouette discrète en civil : c’est le lieutenant-général Nicolas Mikhaïlovitch Tikhmeneff, éminent chef militaire de la Première Guerre, chevalier de Saint-Georges et de la Légion d’Honneur, remarquable administrateur de l’Intendance. Il vécut plus d’un quart de siècle à Paris, où il prit une part active à la vie de l’Église en tant que membre du Conseil diocésain et vice-président du Conseil paroissial de la cathédrale. Il fut en outre toutes ces années président de l ’ « Union des zélateurs de la mémoire du tsar Nicolas II ». « Même en exil, il n’a cessé de servir la Russie – dira de lui son successeur S. Pozdnycheff. – Son cœur battait au rythme de l’amour de la Patrie. Il est resté fidèle jusqu’au bout à sa vision d’une Russie inaltérable qui illumina toute sa vie »…

L’Internat de la grande-duchesse Hélène Vladimirovna. Au premier rang, Volodia Rygalov – autre destin remarquable : futur bachelier du lycée Michelet, comédien et metteur en scène-adjoint du Théâtre K. Pitoëff-Koralli en 1942-43, il sera fusillé par les Allemands pour avoir rejoint la Résistance. Son frère Michel, comédien et décorateur au même théâtre, dirigera la section jeunesse de l’« Union des citoyens soviétiques » (créée en France à la fin de la guerre). Il sera arrêté par les autorités françaises en décembre 1947 et expulsé du pays.

La vie littéraire. 16 novembre 1934 – une petite fête à la rédaction du journal « Vozrozhdenie / La Renaissance » : les amis d’Ivan Bounine viennent le féliciter pour le prix Nobel qu’il vient de recevoir. Nous voyons là B. Zaïtsev, A. Kouprine, I. Loukach, A. Plechtcheev, V. Khodassevitch, S. Iablonovskij et quelques autres…

Plus loin, c’est Michel Ossorguine, dans sa maison de Sainte-Geneviève-des-Bois. Dans son Journal, Anatole Steiguer notait : « Je rends souvent visite à Ossorguine, le soir. Il habite tout près de la « Maison Russe », dans sa « maison de campagne ». Il passe ses journées au potager, professant le retour à la nature… C’est un homme droit, très sympathique et très « moscovite » d’esprit.

Puis Constantin Balmont, à Clamart, en 1933 (« … d’allure tout à fait juvénile, svelte, alerte et sans une ride, malgré ses cheveux gris et ses 66 ans ») ; Alexis Remizov et son épouse Séraphime Pavlovna, éminent paléographe ; le poète Michel Zetline et sa femme Marie Samoïlovna – tous deux mécènes et tenant un salon littéraire ; et encore A. Kouprine, B. Zaïtsev, Z. Hippious, D. Merejkovski, G. Adamovitch, N. Otsoup, G. Kouznetsova, M. Aldanov, I. Chmelev, L. Zourov, S. Iouchkevitch et beaucoup d’autres…

La célèbre photo de groupe de la revue littéraire « Tschisla / Les Nombres» (1934) ne cesse de nous impressionner. Un de ses personnages, l’écrivain Basile Ianovski en décrit la genèse dans ses mémoires « Les Champs-Elysées » : « Un samedi de printemps ensoleillé, sous une petite brise qui venait de la Manche, Otsoup décida soudain de faire une photo des collaborateurs de la revue… On plaça les « pontes » au premier rang : Merejkovski, Hippious, Adamovitch… Tchervinskaya, à son habitude, voulait être partout à la fois. Au moment crucial, Larionov se mit à allumer une cigarette, ce qui énerva Poplavski… La femme de Vildé, qui faisait le photographe, avait l’air sombre et pensait à autre chose tandis qu’on essayait de nous placer. L’angoisse m’étreint, quand je revois cette photo du numéro 10 de « Tschisla » : tous ces personnages semblent bel et bien condamnés, de façon évidente, chacun à sa manière… ».

Ces mots concordent de manière troublante avec l’impression notée par Slonim, qui fréquentait régulièrement les réunions de « Tschisla », au début des années 30 : « Tous ces gens semblent avoir goûté à l’Arbre de la Connaissance ; ils sont frappés d’une lassitude mortelle : pour eux, il n’y a plus d’issue ». (Novaya Gazeta, Paris, 1931, n°2).

Sur cette photo historique figurent encore : Odoievtséva, G. Ivanov, Térapiano, Zlobin, Dovid Knout, Smolenski, Mamtchenko, Iouri Mandelchtam, Varchavski, Guinguer et quelques autres. Ces 30 écrivains et poètes de tous les âges formaient l’élite de la littérature russe en exil et faisaient la fierté de l’émigration. Il n’y eut jamais d’autre photo de ce type : l’événement resta exceptionnel.

L’album nous offre encore des scènes de la vie quotidienne : une partie de pêche, une réparation d’automobile, une rencontre au marché, une promenade à ski, des fêtes familiales… Toutes ces photos éveillent bien des souvenirs, mais aussi notre curiosité. 1927 : nous assistons au mariage du jeune Mdivani, (son père, le général, était aussi le président de l’Union des Anciens de la Garde Impériale), avec Barbara Hutton, américaine…

…Nous voyons Natacha Zaïtsev, fille de l’écrivain, parmi les invités. Quelques années plus tard, c’est elle qui se marie, avec André Sollogoub, futur grand financier. Remizov, Teffi, Aldanov, Khodassévitch, Balmont, Berbérova sont de la fête… (mars 1932).

Les dernières pages évoquent la Deuxième Guerre : « Les Russes mobilisés faisant la queue devant un commissariat de police» ; « L’instruction militaire » ; « Les reclus du Camp de Compiègne » ; quelques scènes de la vie quotidienne de l’après-guerre…

Malheureusement, les longues listes de noms sous les photos de groupe ne permettent pas toujours d’identifier les personnages… Une remarque encore, concernant le décorateur-scènographe Vladimir Gédrinski, dont la présence étonne dans ce volume consacré à la France : de 1930 à 1941 il travailla au théâtre de Belgrade, il vécut ensuite à Zagreb et au Maroc, et ne vint s’installer à Paris qu’en 1952…

Ce magnifique album sera, nous le souhaitons, suivi de beaucoup d’autres – il reste tant d’institutions russes admirables à célébrer : l’Union des Avocats, des Ingénieurs et des Chimistes ; la Bibliothèque Tourgueniev, l’Institut Polytechnique et l’Université ; les associations « Icône » et « Action Orthodoxe » ; le quatuor Kedroff, le chœur Nicolas Afonsky… Toutes firent l’éclat de ce fascinant « Paris russe » : nulle ne saurait être oubliée.

Lev MNOUKHINE,
Moscou La Pensée Russe, n°4265, Paris, 15 avril 1999

 

 

Seigneur, sauve notre Russie !

On ne saurait évoquer la « Première émigration russe » sans parler de l’Église (l’église–lieu de culte et l’Église–communauté). Consolatrice et guide des années de détresse, L’Église était au cœur de la vie des exilés, et Paris devint très vite un centre important de l’Orthodoxie russe à l’étranger. De nombreuses pages de cet album en sont le témoignage.

Les églises étaient les points de ralliement de toute l’émigration, et la plus célèbre, la cathédrale russe de Paris, est au cœur de tous les événements – 1920 : un office à la mémoire de l’amiral Koltchak ; 1935 : la fête des Scouts russes ; 1938 : funérailles de Chaliapine ; et nombre d’autres manifestations et cérémonies familiales... Fondée en 1861, la cathédrale Saint-Alexandre de la Neva est devenue à la Révolution dès 1922 le centre spirituel de la diaspora russe de toute l’Europe occidentale.

On connaît bien les édifices les plus majestueux, construits par les tsars (Nice, Paris, Genève), mais il est d’autres églises russes en Europe, bien différentes et si discrètes qu’on soupçonne à peine leur existence. Aménagées dans d’anciens ateliers, garages, ou pavillons de banlieue avec des moyens de fortune, elles ne se prêtent guère aux prises de vue. Deux photos, malgré tout, leur font hommage : l’iconostase « de campagne », peint par Stelletsky, au camp de vacances des « Vitiaz » (1930) et le chœur de la chapelle de l’« Action Chrétienne des Étudiants Russes » (1936), qui se trouvait encore à l’époque, dans les locaux alloués par l’organisation Y.M.C.A., boulevard Montparnasse.

L’extraordinaire richesse de la vie associative était due au rayonnement de personnalités exceptionnelles : le métropolite Euloge (Gueorguievski), le P. Serge Boulgakov, Mère Marie Skobtsoff, N. Berdiaev et quelques autres… De nombreuses associations sont alors créées : l’A.C.E.R., puis les Vitiaz , avec N. Fédoroff ( pour la jeunesse) ; ou l’Action Orthodoxe (créée par Mère Marie). Plusieurs photos de groupe témoignent de cette formidable vie de communauté : les participants du VIe Congrès de l’A.C.E.R. à Clermont (1929) – parmi eux, le métropolite Euloge, P. Serge Tchetverikoff, P. Alexandre Kalachnikoff ; N. Berdiaev en chapeau blanc ; Basile Zenkovski et Georges Florovski (qui n’étaient pas encore prêtres) ; Georges Fédotov, Ivan Lagovskoy (membre actif de l’ACER de Lituanie, mort dans les prisons NKVD après l’occupation des Pays Baltes par les soviétiques), et deux prêtres anglicans…

 

Mais aussi : les professeurs de l’Institut de Théologie orthodoxe de Paris, Saint-Serge, en 1926 ; le clergé russe des années 30 devant la cathédrale Saint-Alexandre-Nevski , etc.

De nombreuses pages sont consacrées aux camps de vacances de l’A.C.E.R., en Haute-Savoie : un lever du drapeau russe « blanc-bleu-rouge », avec tous les jeunes « Vitiaz » des années 30 en uniforme. Un groupe de moniteurs assis « en tailleur » autour du P. Victor Yurieff ; parmi eux : André Bloom (le futur métropolite Antoine), et Jean Harun (le futur archevêque du Canada, Sylvestre). La visite du facteur au camp de Saint-Théoffrey (1939) ; on aperçoit Vladimir Iljine à l’entrée du premier étage, professeur et conférencier fidèle de tous les congrès et camps de l’A.C.E.R….

Le métropolite Euloge, guide spirituel du « Paris russe » de l’ époque, figure dans toutes les sections de l’album : sur une photo dédicacée à l’occasion d’une ordination (1924) ; à l’arbre de Noël 1926 ; parmi les membres du « Cercle d’études Russes » (1928)…

Quelques photos rendent hommage à l’organisation protestante américaine « Y.M.C.A. », bienfaitrice de l’A.C.E.R., de l’Institut Théologique Saint-Serge et de nombreuses organisations russes : le fac-similé d’un prospectus sur les cours par correspondance organisés par la « Y.M.C.A. » nous apprend que 6500 émigrés russes de 47 pays ont suivi ces cours entre 1921 et 1926 (précisant même leur nombre par pays : Pologne - 1336 ; Pays Baltes : 1253 ; Bulgarie : 1015 ; Allemagne : 655 ; Serbie : 566, etc. ; sans oublier l’Uruguay, la Perse l’Afrique du Sud ; …et même la Russie soviétique, avec 109 inscrits).

Dans la section consacrée à la vie politique, plusieurs photos évoquent le mouvement des « Mladorossy », organisation fasciste créée dans les années 30, qui avait pour devise « Le Tsar et les Soviets » (Elle compta jusqu’à 4000 membres dans tout le monde libre). Son instigateur, A.L. Kazem-Bek, personnalité étonnante, entretenait des relations avec les nazis et les communistes simultanément. On le retrouve plus tard aux U.S.A., d’où il gagnera, en 1956, la Russie soviétique. Il deviendra bientôt conseiller du Patriarche Alexis Ier, et sera l’une des figures marquantes des relations extérieures du Patriarcat de Moscou...

La sympathie pour les mouvements clérico-patriotiques ne disparut pas avec la guerre, comme en témoigne une autre photo : le départ pour la Russie du Père Stéphane Svétozaroff (devant l’église de Vanves, 1947).

L’élément religieux est omniprésent dans l’album, comme il l’était dans la vie des Russes de l’époque – jusque dans les détails du quotidien : une salle de classe ordinaire dans la pension fondée par la grande-duchesse Hélène Vladimirovna (Le Pecq, près de Saint-Germain-en-Laye) ; et sur le tableau noir, une seule inscription : « année 1930 – Seigneur, sauve notre Russie ! ».

Alexandre KYRLEZHEV,
Moscou

 

 

 

Visages et Destins

Cet album d’une richesse exceptionnelle retrace en 240 photographies trente années de la vie des émigrés russes en France et suscite en nous des émotions profondes, qui ne sont pas seulement sentimentales ou esthétiques.

Dans cette fresque superbe, l’auteur fait revivre le monde foisonnant des Russes de Paris : le corps expéditionnaire russe en France, les régiments de l’Armée Blanche ; les rassemblements dominicaux aux abords des églises, les assemblées diocésaines, les cercles littéraires, le théâtre russe, un plateau de tournage, un peintre dans son atelier, des réunions de familles… La qualité et la diversité des images comblera spécialistes et amateurs.

De nombreux ouvrages ont déjà paru sur l’« émigration russe », dans toutes les langues – des monographies souvent fort bien documentées et illustrées ; la Russie elle-même rend aujourd’hui hommage à l’étonnante richesse de cette communauté si longtemps calomniée.

L’ « émigration russe », ce fut aussi une atmosphère – indéfinissable et si particulière – qui entourait, où qu’ils se trouvent, ces dizaines de milliers de personnes dispersées par l’histoire aux quatre coins du monde. Ces Russes de tous âges, de tous milieux, aux professions et centres d’intérêt les plus variés, aux convictions souvent antagonistes surent conserver le sentiment d’une destinée unique, un état d’esprit, une manière d’être singulière, une sorte d’expression commune qui nous saisissent à chaque page de l’album.

Présenter un panorama complet des innombrables sphères d’activité des Russes en France en un volume était une gageure. Et, de fait, des groupes entiers sont à peine évoqués : les scientifiques et le corps médical, les bibliothèques et l’industrie navale… On ne trouve pas non plus de vrai sommaire, les différentes sections étant séparées par de remarquables vues parisiennes d’époque en double page. On note encore l’absence d’index dans le volume, pourtant indispensable – si nombreux sont les personnages et les événements cités. Quelques datations, enfin, restent incertaines, et de nombreux visages n’ont pas été identifiés. Et malgré tout, dans son ensemble, l’ouvrage est des plus réussis.

Peu de compositions « officielles » ou de portraits « usés » : la plupart des photos sont inédites et pittoresques, et certains personnages célèbres apparaissent même sous un jour nouveau (Alexandre Benois, n°154 et 236 ; Z. Hippious, n°96 et 104). Nous découvrons aussi avec bonheur les trois fils de M. Doboujinski : Rostislaw, Vsévolod et Valérien (n°62, 144 et 235) dont les Mémoires sont parus tant de fois sans illustration aucune ou avec de déplorables confusions.

Et bien d’autres images émouvantes, rares ou surprenantes : un superbe Skibine, danseur et chorégraphe méconnu jusqu’à nos jours en Russie (n°196) ; un gros plan saisissant des frères Lifar, portant, avec Ivan Mosjoukhine, le cercueil de Chaliapine (n°203) ; ou le poète Nicolas Otsoup – en soldat français prisonnier en Italie (n°230)…

A notre grand regret, quelques figures éminentes semblent avoir été oubliées : Stravinsky, Véra Soudeïkina, K. Somov, M. Hoffmann, B. Kokhno, I. Markevitch, D. Bouchen, S. Ernst, N. Gontcharova, les sœurs Grzhebine … Mais nous gardons l’espoir de les voir apparaître dans une prochaine édition.

En page de garde nous trouvons une très originale représentation humoristique du Paris russe de l’entre deux guerres, ( par A.Schem ).

Chaque photo est accompagnée d’une citation de presse d’époque ou d’extraits variés de Mémoires qui commentent judicieusement les scènes immortalisées. Mais, là encore, nous regrettons l’absence de sources, parfois même du nom de l’auteur, que l’on ne parvient pas toujours à deviner… Il se dégage toutefois de cet ensemble généreux une merveilleuse unité.

Les photos utilisées proviennent de la collection personnelle de l’auteur ou d’autres collections privées (A. Eltchaninoff, N. Zaïtsev-Sollogoub, A. Vassiliev, M. Koretski, etc.) ; ainsi que des archives de diverses organisations russes de Paris.

Extrait d’un article de Sergueï DEDIULINE
Saint-Pétersbourg / Paris

 

 

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